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The Jerusalem Bible (fr)

Esther, Chapitre 6

IV. Revanche des Juifs> 1 Déconvenue d’Aman., 14 Aman au banquet d’Esther.
1 Or, cette nuit-là, comme le sommeil le fuyait, le roi réclama le livre des Mémoires ou Chroniques pour s’en faire donner lecture.
2 Il s’y trouvait la dénonciation par Mardochée de Bigtân et Téresh, les deux eunuques gardes du seuil, coupables d’avoir projeté d’attenter à la vie d’Assuérus.
3 « Et quelle distinction, quelle dignité, s’enquit le roi, furent pour cela conférées à ce Mardochée ? » — « Rien n’a été fait pour lui », répondirent les courtisans de service.
4 Le roi leur demanda alors : « Qui est dans le vestibule ? » C’était juste le moment où Aman arrivait dans le vestibule extérieur du palais royal pour demander au roi de faire pendre Mardochée à la potence dressée pour lui par ses soins,
5 si bien que les courtisans répondirent : « C’est Aman qui se tient dans le vestibule. » — « Qu’il entre ! » ordonna le roi,
6 et, sitôt entré : « Comment faut-il traiter un homme que le roi veut honorer ? » — « Quel autre que moi le roi voudrait-il honorer ? », se dit Aman.
7 « Le roi veut honorer quelqu’un ? répondit-il donc,
8 qu’on prenne des vêtements princiers, de ceux que porte le roi ; qu’on amène un cheval, de ceux que monte le roi et sur la tête duquel on aura mis un diadème royal.
9 Puis vêtements et cheval seront confiés à l’un des plus nobles des grands officiers royaux. Celui-ci revêtira alors de ce costume l’homme que le roi veut honorer et le conduira à cheval sur la grand-place en criant devant lui : Voyez comment l’on traite l’homme que le roi veut honorer ! » —
10 « Ne perds pas un instant, répondit le roi à Aman, prends vêtements et cheval, et tout ce que tu viens de dire, fais-le à Mardochée, le Juif, l’attaché de la Royale Porte. Surtout, n’omets rien de ce que tu as dit ! »
11 Prenant donc vêtements et cheval, Aman habilla Mardochée, puis le promena à cheval sur la grand-place en criant devant lui : « Voyez comment l’on traite l’homme que le roi veut honorer ! »
12 Après quoi Mardochée s’en revint à la Porte Royale tandis qu’Aman, de son côté, rentrait précipitamment chez lui, consterné et le visage voilé.
13 Il raconta à sa femme Zéresh et à tous ses amis ce qui venait d’arriver. Sa femme Zéresh et ses amis lui dirent : « Tu viens de commencer à déchoir devant Mardochée : s’il est de la race des Juifs, tu ne pourras plus reprendre le dessus. Au contraire tu tomberas sans cesse plus bas devant lui. »
14 La conversation n’était pas achevée qu’arrivèrent les eunuques du roi, venus chercher Aman pour le conduire en hâte au banquet offert par Esther.

Esther, Chapitre 7

IV. Revanche des Juifs> 14 Aman au banquet d’Esther.
1 Le roi et Aman allèrent banqueter chez la reine Esther,
2 et ce deuxième jour, pendant le banquet, le roi dit encore à Esther : « Dis-moi ce que tu demandes, reine Esther, c’est accordé d’avance ! Dis-moi ce que tu désires ; serait-ce la moitié du royaume, c’est chose faite ! » —
3 « Si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi, lui répondit la reine Esther, et si tel est ton bon plaisir, accorde-moi la vie, voilà ma demande, et la vie de mon peuple, voilà mon désir.
4 Car nous sommes livrés, mon peuple et moi, à l’extermination, à la tuerie et à l’anéantissement. Si encore nous avions seulement été livrés comme esclaves ou servantes, je me serais tue. Mais en l’occurrence le persécuteur sera hors d’état de compenser le dommage qui va en résulter pour le roi. »
5 Mais Assuérus prit la parole et dit à la reine Esther : « Qui est-ce ? Où est l’homme qui a pensé agir ainsi ? »
6 Alors Esther : « Le persécuteur, l’ennemi, c’est Aman, c’est ce misérable ! » À la vue du roi et de la reine, Aman fut glacé de terreur.
7 Furieux, le roi se leva et quitta le banquet pour gagner le jardin du palais, cependant qu’Aman demeurait près de la reine Esther pour implorer la grâce de la vie, sentant trop bien que le roi avait décidé sa perte.
8 Quand le roi revint du jardin dans la salle du banquet, il trouva Aman effondré sur le divan où Esther était étendue. « Va-t-il après cela faire violence à la reine chez moi, dans le palais ? » s’écria-t-il. À peine le mot était-il sorti de sa bouche qu’un voile fut jeté sur la face d’Aman.
9 Harbona, un des eunuques, dit en présence du roi : « Justement il y a une potence de cinquante coudées qu’Aman a fait préparer pour ce Mardochée qui a parlé pour le bien du roi ; elle est toute dressée dans sa maison » — « Qu’on l’y pende », ordonna le roi.
10 Aman fut donc pendu à la potence dressée par lui pour Mardochée et la colère du roi s’apaisa.

Esther, Chapitre 8

IV. Revanche des Juifs> 1 La faveur royale passe aux Juifs., 12 Décret de réhabilitation.
1 Ce jour même le roi Assuérus donna à la reine Esther la maison d’Aman, le persécuteur des Juifs, et Mardochée fut présenté au roi, à qui Esther avait révélé ce qu’il était pour elle. 2 Le roi avait repris son anneau à Aman ; il l’ôta de son doigt pour le donner à Mardochée, à qui, de son côté, Esther confia la gestion de la maison d’Aman. 3 Esther alla une seconde fois parler au roi. Elle se jeta à ses pieds, elle pleura, elle se le rendit favorable en vue de faire échouer la méchanceté d’Aman l’Agagite et le dessein qu’il avait conçu contre les Juifs. 4 Le roi lui tendit son sceptre d’or. Esther se releva donc et se tint debout en face de lui. 5 « Si tel est le bon plaisir du roi, lui dit-elle, et si vraiment j’ai trouvé grâce devant lui, si ma demande lui paraît juste et si je suis moi-même agréable à ses yeux, qu’il veuille révoquer expressément les lettres qu’Aman, fils de Hamdata, l’Agagite, a fait écrire pour perdre les Juifs de toutes les provinces royales. 6 Comment pourrais-je voir mon peuple dans le malheur qui va l’atteindre ? Comment pourrais-je être témoin de l’extermination de ma parenté ? » 7 Le roi Assuérus répondit à la reine Esther et au Juif Mardochée : « En ce qui me concerne, j’ai donné à Esther la maison d’Aman après l’avoir fait pendre pour avoir voulu perdre les Juifs. 8 Pour vous, écrivez au sujet des Juifs ce que vous jugerez bon, au nom du roi. Scellez ensuite de l’anneau royal. Car tout édit rédigé au nom du roi et scellé de son sceau est irrévocable » 9 Les scribes royaux furent convoqués aussitôt — c’était le troisième mois, qui est Sivân, le vingt-troisième jour — et, sur l’ordre de Mardochée, ils écrivirent aux Juifs, aux satrapes, aux gouverneurs, aux grands officiers des provinces échelonnées de l’Inde à l’Éthiopie, soit cent vingt-sept provinces, à chaque province selon son écriture, à chaque peuple selon sa langue et aux Juifs selon leur écriture et leur langue. 10 Ces lettres, rédigées au nom du roi Assuérus et scellées de son sceau, furent portées par des courriers montés sur des chevaux des haras du roi. 11 Le roi y octroyait aux Juifs, en quelque ville qu’ils fussent, le droit de se rassembler pour mettre leur vie en sûreté, avec permission d’exterminer, égorger et détruire tous gens armés des peuples ou des provinces qui voudraient les attaquer, avec leurs femmes et leurs enfants, comme aussi de piller leurs biens.
12 Cela se ferait le même jour dans toutes les provinces du roi Assuérus, le treizième jour du douzième mois, qui est Adar. 12a Voici le texte de cette lettre : 12b « Le grand roi Assuérus aux satrapes des cent vingt-sept provinces qui s’étendent de l’Inde à l’Éthiopie, aux gouverneurs de province et à tous ses loyaux sujets, salut ! 12c Bien des gens, lorsque sur leur tête l’extrême bonté de leurs bienfaiteurs accumule les honneurs, n’en conçoivent que de l’orgueil. Il ne leur suffit pas de chercher à nuire à nos sujets, mais, leur satiété même leur devenant un fardeau insupportable, ils montent leurs machinations contre leurs propres bienfaiteurs ; 12d et, non contents de bannir la reconnaissance du cœur des hommes, enivrés plutôt par les applaudissements de qui ignore le bien, alors que tout est à jamais sous le regard de Dieu, ils se flattent d’échapper à sa justice qui hait les méchants.  12e Ainsi maintes et maintes fois est-il arrivé aux autorités constituées, pour avoir confié à des amis l’administration des affaires et s’en être laissé influencer, de porter avec eux le poids du sang innocent au prix d’irrémédiables malheurs,  12f les sophismes menteurs d’une nature perverse ayant égaré l’irréprochable droiture d’intentions du pouvoir.  12g Il n’est que d’ouvrir les yeux : sans même aller jusqu’aux récits d’autrefois que nous venons de rappeler, regardez seulement sous vos pas, que d’impiétés perpétrées par cette peste des gouvernants indignes !  12h Aussi bien nos efforts vont-ils tendre à assurer à tous, dans l’avenir, la tranquillité et la paix du royaume,  12i en procédant aux changements opportuns et en jugeant toujours les affaires qui nous seront soumises dans un esprit de bienveillant accueil. 12k C’est ainsi qu’Aman, fils de Hamdata, un Macédonien, en toute vérité étranger au sang perse et très éloigné de notre bonté, avait été reçu chez nous comme hôte  12l et avait rencontré de notre part les sentiments d’amitié que nous portons à tous les peuples, jusqu’au point de se voir proclamer « notre père » et de se voir révérer par tous de la prosternation, comme placé immédiatement après le trône royal.  12m Or, incapable de tenir son rang élevé, il s’appliqua à nous ôter le pouvoir et la vie.  12n Nous avons un sauveur, un homme qui toujours a été notre bienfaiteur, Mardochée, une irréprochable compagne de notre royauté, Esther ; Aman, par les manœuvres de ses tortueux sophismes, nous en a demandé la mort, avec celle de tout leur peuple,  12o pensant, par ces premières mesures, nous réduire à l’isolement et remplacer la domination perse par celle des Macédoniens. 12p Mais nous, loin de trouver en ces Juifs, voués à la disparition par ce triple scélérat, des criminels, nous les voyons régis par les plus justes des lois.  12q Ils sont les fils du Très-Haut, du grand Dieu vivant, à qui nous et nos ancêtres devons le maintien du royaume dans l’état le plus florissant.  12r Vous ferez donc bien de ne pas tenir compte des lettres envoyées par Aman, fils de Hamdata, leur auteur ayant été pendu aux portes de Suse avec toute sa maison, digne châtiment que Dieu, Maître de l’univers, lui a incontinent infligé.  12s Affichez une copie de la présente lettre en tout lieu, laissez les Juifs suivre ouvertement les lois qui leur sont propres et portez-leur assistance contre qui les attaquerait au propre jour fixé pour les écraser, soit le treizième jour du douzième mois, qui est Adar.  12t Car ce jour qui devait être un jour de ruine, la suprême souveraineté de Dieu vient de le changer en un jour d’allégresse en faveur de la race choisie.  12u Quant à vous, parmi vos fêtes solennelles, célébrez ce jour mémorable par force banquets, afin qu’il soit dès maintenant et demeure à l’avenir, pour vous et pour les Perses de bonne volonté, le souvenir de votre salut, et pour vos ennemis le mémorial de leur ruine. 12x Toute ville, et, plus généralement, toute contrée qui ne suivra pas ces instructions sera impitoyablement dévastée par le fer et le feu, rendue impraticable aux hommes et pour toujours odieuse aux bêtes sauvages et aux oiseaux eux-mêmes » 13 La copie de cet édit, destiné à être promulgué comme loi dans chaque province, fut publiée parmi toutes les populations afin que les Juifs se tinssent prêts au jour dit à tirer vengeance de leurs ennemis. 14 Les courriers, montant des chevaux royaux, partirent en grande hâte et diligence sur l’ordre du roi. Le décret fut aussi publié dans la citadelle de Suse. 15 Mardochée sortit de chez le roi revêtu d’un habit princier de pourpre violette et de lin blanc, couronné d’un grand diadème d’or et portant un manteau de byssus et de pourpre rouge. La ville de Suse tout entière retentit d’allégresse. 16 Ce fut, pour les Juifs, un jour de lumière, de liesse, d’exultation et de triomphe. 17 Dans toutes les provinces, dans toutes les villes, partout enfin où parvinrent les ordres du décret royal, ce ne fut pour les Juifs, qu’allégresse, liesse, banquets et fêtes. Parmi la population du pays bien des gens se firent juifs, car la crainte des Juifs s’appesantit sur eux.

Esther, Chapitre 9,  vers 1-19

IV. Revanche des Juifs> 1 Le grand jour des Purim.
1 Les ordres du décret royal entrant en vigueur le douzième mois, Adar, au treizième jour, ce jour où les ennemis des Juifs s’étaient flattés de les écraser vit la situation retournée : ce furent les Juifs qui écrasèrent leurs ennemis 2 Dans toutes les provinces du roi Assuérus ils se rassemblèrent dans les villes qu’ils habitaient afin de frapper ceux qui avaient comploté leur perte. Personne ne leur résista, car la peur des Juifs pesait sur toutes les populations. 3 Grands officiers des provinces, satrapes, gouverneurs, fonctionnaires royaux, tous soutinrent les Juifs par crainte de Mardochée. 4 Mardochée était en effet un personnage éminent au palais, sa renommée se répandait dans toutes les provinces : Mardochée était en train de devenir un grand homme. 5 Les Juifs frappèrent donc tous leurs ennemis à coups d’épée. Ce fut un massacre, une extermination, et ils firent ce qu’ils voulurent de leurs adversaires. 6 À la seule citadelle de Suse les Juifs mirent à mort et exterminèrent cinq cents hommes, 7 notamment Parshândata, Dalphôn, Aspata, 8 Porata, Adalya, Aridata, 9 Parmashta, Arisaï, Aridaï et Yezata, 10 les dix fils d’Aman, fils de Hamdata, le persécuteur des Juifs. Mais ils ne se livrèrent pas au pillage. 11 Le dénombrement des victimes égorgées à la citadelle de Suse parvint au roi le jour même. 12 Le roi dit à la reine Esther : « Dans la seule citadelle de Suse, les Juifs ont mis à mort et exterminé cinq cents hommes, ainsi que les dix fils d’Aman. Que n’auront-ils pas fait dans le reste des provinces royales ! Et maintenant, dis-moi ce que tu as à demander, c’est accordé d’avance ! Dis-moi ce que tu désires de plus, c’est chose faite ! » — 13 « Si tel est le bon plaisir du roi, répondit Esther, les Juifs de Suse ne pourraient-ils pas appliquer encore demain le décret porté pour aujourd’hui ? Quant aux dix fils d’Aman, qu’on suspende leurs cadavres au gibet ! » 14 Sur quoi, le roi en ayant donné l’ordre, le décret fut proclamé à Suse et les dix fils d’Aman pendus. 15 Ainsi, les Juifs de Suse se réunirent aussi le quatorzième jour d’Adar et ils égorgèrent trois cents hommes dans Suse, mais ils ne se livrèrent pas au pillage. 16 De leur côté, les Juifs des provinces royales se réunirent aussi pour mettre leur vie en sûreté. Ils se débarrassèrent de leurs ennemis en égorgeant soixante-quinze mille de leurs adversaires, sans se livrer au pillage. 17 C’était le treizième jour du mois d’Adar. Le quatorzième ils se reposèrent et de ce jour ils firent un jour de festins et de liesse. 18 Pour les Juifs de Suse qui s’étaient réunis le treizième et le quatorzième jour, c’est le quinzième qu’ils se reposèrent, faisant pareillement de ce jour un jour de festins et de liesse.
19 Ce qui explique que ce soit le quatorzième jour d’Adar que les Juifs de la campagne, ceux qui habitent des villages non fortifiés, célèbrent dans l’allégresse et les banquets, par des festivités et l’échange mutuel de portions, 19a tandis que pour ceux des villes, le jour heureux qu’ils passent dans la joie en envoyant des portions à leurs voisins est le quinzième jour d’Adar.

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