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The Jerusalem Bible (fr)

Sagesse, Chapitre 10

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 D’Adam à Moïse., 15 L’Exode.
1 C’est elle qui protégea le premier modelé, père du monde,
qui avait été créé seul,
c’est elle qui le tira de sa propre chute
2 et lui donna la force de devenir maître de tout.
3 Mais quand, dans sa colère, un injuste se fut écarté d’elle,
il périt par ses fureurs fratricides.
4 Lorsqu’à cause de lui la terre fut submergée, c’est la Sagesse encore qui la sauva,
en pilotant le juste à l’aide d’un bois sans valeur.
5 Et lorsque, unanimes en leur perversité, les nations eurent été confondues,
c’est elle qui reconnut le juste, le conserva sans reproche devant Dieu,
et le garda fort contre sa tendresse pour son enfant.
6 C’est elle qui, lors de la destruction des impies, délivra le juste
qui fuyait le feu descendant sur la Pentapole.
7 En témoignage de sa perversité,
une terre désolée continue de fumer ;
les arbustes y donnent des fruits qui ne mûrissent pas en leur temps
et, mémorial d’une âme incrédule, se dresse une colonne de sel.
8 Car, pour s’être écartés du chemin de la Sagesse,
non seulement ils ont subi le dommage de ne pas connaître le bien,
mais ils ont encore laissé aux vivants le souvenir de leur folie,
afin que leurs fautes mêmes, ils ne puissent les cacher.
9 Mais la Sagesse a délivré ses fidèles de leurs peines.
10 Ainsi le juste qui fuyait la colère de son frère,
elle le guida par de droits sentiers ;
elle lui montra le royaume de Dieu
et lui donna la connaissance des choses saintes,
elle le fit réussir dans ses durs travaux
et fit fructifier ses peines ;
11 elle l’assista contre la cupidité de ceux qui l’opprimaient,
et elle le rendit riche ;
12 elle le garda de ses ennemis
et le protégea de ceux qui lui dressaient des embûches ;
elle lui donna la palme en un rude combat,
pour qu’il sût que la piété est plus puissante que tout.
13 C’est elle qui n’abandonna pas le juste vendu,
mais elle l’arracha au péché ;
14 elle descendit avec lui dans la fosse,
elle ne le délaissa pas dans les fers,
jusqu’à ce qu’elle lui eût apporté le sceptre royal
et l’autorité sur ceux qui le tyrannisaient,
jusqu’à ce qu’elle eût convaincu de mensonge ceux qui l’avaient diffamé
et qu’elle lui eût donné une gloire éternelle.
15 C’est elle qui délivra un peuple saint et une race irréprochable
d’une nation d’oppresseurs.
16 Elle entra dans l’âme d’un serviteur du Seigneur
et tint tête à des rois redoutables par des prodiges et des signes.
17 Aux saints elle remit le salaire de leurs peines,
elle les guida par un chemin merveilleux,
elle devint pour eux un abri pendant le jour,
et une lumière d’astres pendant la nuit.
18 Elle leur fit traverser la mer Rouge
et les conduisit à travers l’onde immense,
19 tandis qu’elle submergea leurs ennemis,
puis les rejeta des profondeurs de l’abîme.
20 Aussi les justes dépouillèrent-ils les impies ;
ils chantèrent, Seigneur, ton saint Nom
et, d’un cœur unanime, célébrèrent ta main qui avait lutté pour eux ;
21 car la Sagesse ouvrit la bouche des muets
et elle rendit claire la langue des tout-petits.

Sagesse, Chapitre 11

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 15 L’Exode., 4 Le miracle de l’eau. Première antithèse., 15 Première digression. Modération divine envers l’Égypte., 21 Raisons de cette modération.
1 Elle fit prospérer leurs entreprises par la main d’un saint prophète.
2 Ils traversèrent un désert inhabité
et plantèrent leurs tentes en des lieux inaccessibles.
3 Ils tinrent tête à leurs ennemis et repoussèrent leurs adversaires.
4 Dans leur soif, ils t’invoquèrent :
de l’eau leur fut donnée d’un rocher escarpé
et, d’une pierre dure, un remède à leur soif.
5 Ainsi ce par quoi avaient été châtiés leurs ennemis
devint un bienfait pour eux dans leurs difficultés.
6 Tandis que les premiers n’avaient que le cours intarissable
d’un fleuve que troublait un sang mêlé de boue,
7 en punition d’un décret infanticide,
tu donnas aux tiens, contre tout espoir, une eau abondante,
8 montrant par la soif qu’alors ils ressentirent
comment tu avais châtié leurs adversaires.
9 Par leurs épreuves, qui n’étaient pourtant qu’une correction de miséricorde,
ils comprirent comment un jugement de colère torturait les impies ;
10 car eux, tu les avais éprouvés en père qui avertit,
mais ceux-là, tu les avais punis en roi inexorable qui condamne,
11 et de loin comme de près, ils se consumaient pareillement.
12 Car une double tristesse les saisit,
et un gémissement, au souvenir du passé ;
13 lorsqu’ils apprirent, en effet, que cela même qui les châtiait
était un bienfait pour les autres, ils reconnurent le Seigneur,
14 car celui que jadis, en l’exposant, ils avaient rejeté,
ils l’admirèrent au terme des événements,
ayant souffert d’une soif bien différente de celle des justes.
15 Pour leurs sottes et coupables pensées,
qui les égaraient en leur faisant rendre un culte à des reptiles sans raison et à de misérables bestioles,
tu leur envoyas en punition une multitude d’animaux sans raison
16 afin qu’ils sachent qu’on est châtié par où l’on pèche.
17 Ta main toute-puissante, certes, n’était pas embarrassée,
— elle qui a créé le monde d’une matière informe —
pour envoyer contre eux une multitude d’ours ou de lions intrépides,
18 ou bien des bêtes féroces inconnues, nouvellement créées, pleines de fureur,
exhalant un souffle enflammé,
émettant une fumée infecte,
ou faisant jaillir de leurs yeux de terribles étincelles,
19 des bêtes capables, non seulement de les anéantir par leur malfaisance,
mais encore de les faire périr par leur aspect terrifiant.
20 Sans cela même, d’un seul souffle ils pouvaient tomber,
poursuivis par la Justice,
balayés par le souffle de ta puissance.
Mais tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids.
21 Car ta grande puissance est toujours à ton service,
et qui peut résister à la force de ton bras ?
22 Le monde entier est devant toi comme ce rien qui fait pencher la balance,
comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre.
23 Mais tu as pitié de tous, parce que tu peux tout,
tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se repentent.
24 Tu aimes en effet tout ce qui existe,
et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ;
car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé.
25 Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ?
Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ?
26 En réalité, tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie !

Sagesse, Chapitre 12

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 21 Raisons de cette modération., 3 Modération de Dieu envers Canaan., 11 Raisons de cette modération., 19 Leçons données par Dieu à Israël., 23 Retour aux Égyptiens. Leur châtiment progressif.
1 Car ton esprit incorruptible est en toutes choses !
2 Aussi est-ce peu à peu que tu reprends ceux qui tombent ;
tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent,
pour que, s’étant débarrassés du mal, ils croient en toi, Seigneur.
3 Les anciens habitants de ta terre sainte,
4 tu les avais pris en haine pour leurs détestables pratiques,
actes de sorcellerie, rites impies.
5 Ces impitoyables tueurs d’enfants,
ces mangeurs d’entrailles en des banquets de chairs humaines et de sang,
ces initiés membres de confrérie,
6 ces parents meurtriers d’êtres sans défense,
tu avais voulu les faire périr par les mains de nos pères,
7 pour que cette terre, qui de toutes t’est la plus chère,
reçût une digne colonie d’enfants de Dieu.
8 Eh bien ! même ceux-là, parce que c’étaient des hommes, tu les as ménagés,
et tu as envoyé des frelons comme avant-coureurs de ton armée,
pour les exterminer petit à petit.
9 Non qu’il te fût impossible de livrer des impies aux mains de justes en une bataille rangée,
ou de les anéantir d’un seul coup au moyen de bêtes cruelles ou d’une parole inexorable ;
10 mais en exerçant tes jugements peu à peu, tu laissais place au repentir.
Tu n’ignorais pourtant pas que leur nature était perverse,
leur malice innée,
et que leur mentalité ne changerait jamais ;
11 car c’était une race maudite dès l’origine.Et ce n’est pas non plus par crainte de personne que tu accordais l’impunité à leurs fautes.
12 Car qui dira : Qu’as-tu fait ?
Ou qui s’opposera à ta sentence ?
Et qui te citera en justice pour avoir fait périr des nations que tu as créées ?
Ou qui se portera contre toi le vengeur d’hommes injustes ?
13 Car il n’y a pas, en dehors de toi, de Dieu qui ait soin de tous,
pour que tu doives lui montrer que tes jugements n’ont pas été injustes.
14 Il n’y a pas non plus de roi ou de souverain qui puisse te regarder en face au sujet de ceux que tu as châtiés.
15 Mais, étant juste, tu régis l’univers avec justice,
et tu estimes que condamner celui qui ne doit pas être châtié, serait incompatible avec ta puissance.
16 Car ta force est le principe de ta justice,
et de dominer sur tout te fait ménager tout.
17 Tu montres ta force, si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance,
et tu confonds l’audace de ceux qui la connaissent ;
18 mais toi, dominant ta force, tu juges avec modération, et tu nous gouvernes avec de grands ménagements,
car tu n’as qu’à vouloir, et ta puissance est là.
19 En agissant ainsi, tu as enseigné à ton peuple
que le juste doit être ami des hommes,
et tu as donné le bel espoir à tes fils
qu’après les péchés tu donnes le repentir.
20 Car, si ceux qui étaient les ennemis de tes enfants et promis à la mort,
tu les as punis avec tant d’attention et d’indulgence,
leur donnant temps et lieu pour se défaire de leur malice,
21 avec quelle précaution n’as-tu pas jugé tes fils,
toi qui, par serments et alliances, as fait à leurs pères de si belles promesses ?
22 Ainsi, quand tu châties nos ennemis avec mesure, tu nous apprends
à songer à ta bonté quand nous jugeons,
et, quand nous sommes jugés, à compter sur ta miséricorde.
23 Voilà pourquoi aussi ceux qui avaient mené dans l’injustice une vie insensée,
tu les as torturés par leurs propres abominations ;
24 car ils avaient erré au-delà sur les chemins de l’erreur,
en prenant pour des dieux les plus vils et les plus méprisés des animaux,
trompés comme de tout petits enfants sans intelligence.
25 Aussi, comme à des enfants sans raison,
leur as-tu envoyé un jugement de dérision.
26 Mais eux qui ne s’étaient pas laissé avertir par une réprimande dérisoire
ils allaient subir un jugement digne de Dieu.
27 Sur ces êtres qui les faisaient souffrir et contre lesquels ils s’indignaient,
ces êtres qu’ils tenaient pour dieux et par lesquels ils étaient châtiés,
ils virent clair, et celui que jadis ils refusaient de connaître, ils le reconnurent pour vrai Dieu.
Et c’est pourquoi l’ultime condamnation s’abattit sur eux.

Sagesse, Chapitre 13

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Seconde digression. Procès des cultes païens. Divinisation de la nature., 10 L’idolâtrie. Les fabricants d’idoles.
1 Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l’ignorance de Dieu,
qui, en partant des biens visibles, n’ont pas été capables de connaître Celui-qui-est,
et qui, en considérant les œuvres, n’ont pas reconnu l’Artisan.
2 Mais c’est le feu, ou le vent, ou l’air rapide,
ou la voûte étoilée, ou l’eau impétueuse,
ou les luminaires du ciel, princes du monde, qu’ils ont considérés comme des dieux !
3 Que si, charmés de leur beauté, ils les ont pris pour des dieux,
qu’ils sachent combien leur Maître est supérieur,
car c’est la source même de la beauté qui les a créés.
4 Et si c’est leur puissance et leur activité qui les ont frappés,
qu’ils en déduisent combien plus puissant est Celui qui les a formés,
5 car la grandeur et la beauté des créatures
font, par analogie, contempler leur Auteur.
6 Ceux-ci toutefois ne méritent qu’un blâme léger ;
peut-être en effet ne s’égarent-ils
qu’en cherchant Dieu et en voulant le trouver :
7 versés dans ses œuvres, ils les explorent
et se laissent prendre aux apparences, tant ce qu’on voit est beauté !
8 Et pourtant eux non plus ne sont point pardonnables :
9 s’ils ont été capables d’acquérir assez de science
pour postuler l’unité du monde,
comment n’en ont-ils pas plus tôt découvert le Maître !
10 Mais malheureux sont-ils, avec leurs espoirs mis en des choses mortes,
ceux qui ont appelé dieux des ouvrages de mains d’hommes,
or, argent, traités avec art,
figures d’animaux,
ou pierre inutile, ouvrage d’une main antique.
11 Et voici encore un bûcheron : il scie un arbre facile à manier,
il en racle soigneusement toute l’écorce,
il le travaille avec adresse,
il en forme un objet propre aux usages de la vie.
12 Quant aux déchets de son travail,
il les emploie à préparer sa nourriture et il se rassasie.
13 Et le déchet qui en reste et qui n’est bon à rien,
un bois tordu et poussé tout en nœuds :
il le prend et le sculpte avec l’application des heures de loisir,
il le façonne, avec le savoir-faire des instants de détente ;
il lui donne une figure humaine,
14 ou bien il le fait semblable à quelque vil animal,
le recouvre de vermillon, en rougit la surface à la sanguine,
recouvre d’un enduit toutes ses taches.
15 Puis il lui fait une niche qui lui convienne,
le place dans un mur et l’assure avec du fer.
16 Ainsi veille-t-il à ce qu’il ne tombe pas,
sachant bien qu’il est incapable de s’aider lui-même,
car ce n’est qu’une image, et il a besoin d’aide !
17 Pourtant, s’il veut prier pour ses biens, son mariage, ses enfants,
il ne rougit pas d’adresser la parole à cet objet sans vie ;
pour la santé, il invoque ce qui est faible,
18 pour la vie, il implore ce qui est mort,
pour un secours, il supplie ce qui a le moins d’expérience,
pour un voyage, ce qui ne peut même pas se servir de ses pieds,
19 pour un gain, une entreprise, le succès du travail de ses mains,
il demande de la vigueur à ce qui n’a pas la moindre vigueur dans les mains !

Sagesse, Chapitre 14

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Providence et Sagesse., 11 Origine des idoles., 22 Conséquences du culte des idoles.
1 Tel autre qui prend la mer pour traverser les flots farouches
invoque à grands cris un bois plus fragile que le bateau qui le porte.
2 Car ce bateau, c’est la soif du gain qui l’a conçu,
c’est la sagesse artisane qui l’a construit ;
3 mais c’est ta Providence, ô Père, qui le pilote,
car tu as mis un chemin jusque dans la mer,
et dans les flots un sentier assuré,
4 montrant que tu peux sauver de tout,
en sorte que, même sans expérience, on puisse embarquer.
5 Tu ne veux pas que les œuvres de ta Sagesse soient stériles ;
c’est pourquoi les hommes confient leur vie même à un bois minuscule,
traversent les vagues sur un radeau et demeurent sains et saufs.
6 Et de fait, aux origines, tandis que périssaient les géants orgueilleux,
l’espoir du monde se réfugia sur un radeau
et, piloté par ta main, laissa aux siècles futurs le germe d’une génération nouvelle.
7 Car il est béni, le bois par lequel advient la justice,
8 mais maudite l’idole fabriquée, elle et celui qui l’a faite,
lui, pour y avoir travaillé, et elle parce que,
corruptible, elle a été appelée dieu.
9 Car Dieu déteste également l’impie et son impiété.
10 Oui, l’œuvre sera châtiée avec l’ouvrier.
11 Il y aura une visite même pour les idoles des nations,
parce que, dans la création de Dieu, elles sont devenues une abomination,
un scandale pour les âmes des hommes,
un piège pour les pieds des insensés.
12 L’idée de faire des idoles a été l’origine de la fornication,
leur découverte a corrompu la vie.
13 Car elles n’existaient pas à l’origine, et elles n’existeront pas toujours ;
14 c’est par une illusion humaine qu’elles ont fait leur entrée dans le monde,
aussi bien une prompte fin leur a-t-elle été réservée.
15 Un père que consumait un deuil prématuré
a fait faire une image de son enfant si tôt ravi,
et celui qui hier encore n’était qu’un homme mort, il l’honore maintenant comme un dieu
et il transmet aux siens des mystères et des rites.
16 Puis avec le temps la coutume impie se fortifia, on l’observa comme loi,
et sur l’ordre des souverains, les images sculptées reçurent un culte :
17 des hommes qui ne pouvaient les honorer en personne, parce qu’ils habitaient à distance,
représentèrent leur lointaine figure
et firent une image visible du roi qu’ils honoraient ;
ainsi, grâce à ce zèle, on flatterait l’absent comme s’il était présent.
18 Ceux-là mêmes qui ne le connaissaient pas
furent amenés par l’ambition de l’artiste à étendre son culte ;
19 car, désireux sans doute de plaire au maître,
il força son art à faire plus beau que nature,
20 et la foule, attirée par le charme de l’œuvre,
considéra désormais comme un objet d’adoration celui que naguère on honorait comme un homme.
21 Et voilà qui devint un piège pour la vie :
que des hommes, asservis au malheur ou au pouvoir,
eussent conféré à des pierres et à des morceaux de bois le Nom incommunicable.
22 En outre il ne leur a pas suffi d’errer au sujet de la connaissance de Dieu ;
mais alors que l’ignorance les fait vivre dans une grande guerre,
ils donnent à de tels maux le nom de paix !
23 Avec leurs rites infanticides, leurs mystères occultes,
ou leurs orgies furieuses aux coutumes extravagantes,
24 ils ne gardent plus aucune pureté ni dans la vie ni dans le mariage,
l’un supprime l’autre insidieusement ou l’afflige par l’adultère.
25 Partout, pêle-mêle, sang et meurtre, vol et fourberie,
corruption, déloyauté, trouble, parjure,
26 confusion des gens de bien, oubli des bienfaits,
souillure des âmes, crimes contre nature,
désordres dans le mariage, adultère et débauche.
27 Car le culte des idoles sans nom
est le commencement, la cause et le terme de tout mal.
28 Ou bien en effet ils poussent leurs réjouissances jusqu’au délire, ou bien ils prophétisent le mensonge,
ou ils vivent dans l’injustice, ou ils ont tôt fait de se parjurer :
29 comme ils mettent leur confiance en des idoles sans vie,
ils n’attendent aucun préjudice de leurs faux serments.
30 Mais de justes arrêts les frapperont pour ce double crime :
parce qu’ils ont mal pensé de Dieu en s’attachant à des idoles, parce qu’ils ont juré frauduleusement contre la justice, au mépris de la sainteté.
31 Car ce n’est pas la puissance de ceux par qui l’on jure,
mais le châtiment réservé aux pécheurs
qui poursuit toujours la transgression des injustes.

Sagesse, Chapitre 15

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Israël n’est pas idolâtre., 7 Folie des artisans d’idoles., 14 Le comble : de l’idolâtrie à la zoolâtrie.
1 Mais toi, notre Dieu, tu es bon et vrai,
lent à la colère et gouvernant l’univers avec miséricorde.
2 Pécherions-nous, nous sommes à toi, nous qui reconnaissons ta souveraineté,
mais nous ne pécherons pas, sachant que nous sommes comptés pour tiens.
3 Te connaître, en effet, est la justice intégrale,
et reconnaître ta souveraineté est la racine de l’immortalité.
4 Non, les inventions humaines d’un art pervers ne nous ont pas égarés,
ni le travail stérile des peintres,
ces figures barbouillées de couleurs disparates,
5 dont la vue éveille la passion chez les insensés
et leur fait désirer la forme inanimée d’une image morte.
6 Amants du mal et dignes de tels espoirs,
et ceux qui les font, et ceux qui les désirent, et ceux qui les adorent !
7 Voici donc un potier qui laborieusement pétrit une terre molle
et modèle chaque objet pour notre usage.
De la même argile il a modelé
les vases destinés à de nobles emplois
et ceux qui auront un sort contraire, tous pareillement ;
mais dans chacun des deux groupes, quel sera l’usage de chacun,
c’est celui qui travaille l’argile qui en est juge.
8 Puis — peine bien mal employée ! — de la même argile il modèle une divinité vaine,
lui qui, depuis peu né de la terre,
retournera sous peu à la terre dont il fut pris,
quand on lui redemandera l’âme qui lui a été prêtée.
9 Cependant il ne se soucie pas de ce qu’il doit mourir
et qu’il a une vie brève,
mais il rivalise avec les orfèvres et les fondeurs d’argent,
il imite ceux qui coulent le bronze,
il met sa gloire à modeler du faux.
10 Cendres, que son cœur !
plus vil que la terre, son espoir !
plus misérable que l’argile, sa vie !
11 Car il a méconnu Celui qui l’a modelé,
qui lui a insufflé une âme agissante
et inspiré un souffle vital ;
12 Mais il a estimé que notre vie est un jeu d’enfant,
et notre existence une foire à profits :
« Il faut gagner, dit-il, par tous les moyens, même mauvais. »
13 Oui, plus que tout autre, celui-là sait qu’il pèche,
lui qui, d’une matière terreuse, fabrique des vases fragiles et des statues d’idoles.
14 Mais ils sont tous très insensés et plus infortunés que l’âme d’un petit enfant, ces ennemis de ton peuple qui l’ont opprimé ;
15 en effet, ils ont tenu aussi pour dieux toutes les idoles des nations,
qui n’ont ni l’usage des yeux pour voir,
ni de narines pour aspirer l’air,
ni d’oreilles pour entendre,
ni de doigts aux mains pour palper,
et dont les pieds ne servent à rien pour marcher.
16 Car c’est un homme qui les a faites,
un être au souffle d’emprunt qui les a modelées ;
nul homme, en effet, n’est capable de modeler un dieu qui lui soit semblable ;
17 mortel, c’est une chose morte qu’il produit de ses mains impies.
Il vaut mieux, certes, que les objets qu’il adore :
lui du moins aura vécu, eux jamais !
18 Et ils adorent même les bêtes les plus odieuses ;
car en fait de stupidité, elles sont pires que les autres.
19 Et pour autant qu’on puisse éprouver du désir à la vue d’animaux, rien de beau ne s’y trouve,
au contraire, ils ont échappé à l’éloge de Dieu et à sa bénédiction.

Sagesse, Chapitre 16

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Seconde antithèse : grenouilles et cailles., 5 Troisième antithèse : sauterelles et serpent d’airain., 15 Quatrième antithèse : la grêle et la manne.
1 Voilà pourquoi ils ont été châtiés justement par des êtres semblables,
et torturés par une multitude de bestioles.
2 Au lieu de ce châtiment, tu as accordé un bienfait à ton peuple
pour satisfaire son ardent appétit,
c’est une nourriture d’une saveur extraordinaire que tu leur ménageas, des cailles !
3 si bien que, malgré leur désir de manger,
ceux-là, devant l’aspect repoussant des bêtes envoyées contre eux,
perdirent jusqu’à leur appétit naturel,
tandis que ceux-ci, après avoir été pour peu de temps dans la disette,
eurent en partage une saveur extraordinaire.
4 Car il fallait que sur ceux-là, les oppresseurs, s’abattît une irrémédiable disette ;
il suffisait à ceux-ci qu’on leur montrât comment leurs ennemis étaient torturés.
5 Et même lorsque s’abattit sur eux la fureur terrible de bêtes féroces,
et qu’ils périssaient sous les morsures de serpents tortueux,
ta colère ne dura pas jusqu’au bout ;
6 mais c’est par manière d’avertissement et pour peu de temps qu’ils furent inquiétés,
et ils avaient un signe de salut pour leur rappeler le commandement de ta Loi,
7 car celui qui se tournait vers lui était sauvé, non par ce qu’il avait sous les yeux,
mais par toi, le Sauveur de tous.
8 Et par là tu prouvas à nos ennemis
que c’est toi qui délivres de tout mal ;
9 eux, en effet, les morsures de sauterelles et de mouches les tuèrent,
sans qu’on trouvât de remède pour leur sauver la vie,
car ils méritaient d’être châtiés par de telles bêtes,
10 tandis que tes fils, même les dents de serpents venimeux n’en eurent pas raison ;
car ta miséricorde leur vint en aide et les guérit.
11 Ainsi tes oracles leur étaient rappelés par des coups d’aiguillon, bien vite guéris,
de peur que, tombés dans un profond oubli,
ils ne fussent exclus de ta bienfaisance.
12 Et de fait, ce n’est ni herbe ni émollient qui leur rendit la santé,
mais ta parole, Seigneur, elle qui guérit tout !
13 Oui, c’est toi qui as pouvoir sur la vie et sur la mort,
qui fais descendre aux portes de l’Hadès et en fais remonter.
14 L’homme, dans sa malice, peut bien tuer,
mais il ne ramène pas le souffle une fois parti,
et ne libère pas l’âme que l’Hadès a reçue.
15 Il est impossible d’échapper à ta main.
16 Les impies qui refusaient de te connaître
furent fustigés par la force de ton bras ;
pluies insolites, grêle, averses inexorables les assaillirent,
et le feu les consuma.
17 Car voici le plus étrange : dans l’eau, qui éteint tout,
le feu n’avait que plus d’ardeur ;
l’univers en effet combat pour les justes.
18 Tantôt en effet la flamme s’apaisait,
de peur de brûler complètement les animaux envoyés contre les impies,
et pour leur faire comprendre, à cette vue, qu’ils étaient poursuivis par un jugement de Dieu ;
19 tantôt, au sein même de l’eau, elle brûlait avec plus de force que le feu,
pour détruire les produits d’une terre inique.
20 Au contraire, c’est une nourriture d’anges que tu as donnée à ton peuple,
et c’est un pain tout préparé que du ciel tu leur as fourni sans fatigue,
un pain capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts ;
21 Et la substance que tu donnais manifestait ta douceur envers tes enfants,
et, s’accommodant au goût de celui qui la prenait,
elle se changeait en ce que chacun voulait.
22 Neige et glace supportaient le feu sans fondre :
on saurait ainsi que c’était pour détruire les récoltes des ennemis
que le feu brûlait au milieu de la grêle et flamboyait sous la pluie,
23 tandis qu’au contraire, pour respecter la nourriture des justes,
il oubliait jusqu’à sa propre vertu.
24 Car la création qui est à ton service, à toi, son Créateur,
se tend à fond pour le châtiment des injustes
et se détend pour faire du bien à ceux qui se confient en toi.
25 C’est pourquoi, alors aussi, en se changeant en tout,
elle se mettait au service de ta libéralité, nourricière universelle,
selon le désir de ceux qui étaient dans le besoin ;
26 ainsi tes fils que tu as aimés, Seigneur, l’apprendraient :
ce ne sont pas les diverses espèces de fruits qui nourrissent l’homme,
mais c’est ta parole qui conserve ceux qui croient en toi.
27 Car ce qui n’était pas détruit par le feu
fondait à la simple chaleur d’un bref rayon de soleil,
28 afin que l’on sache qu’il faut devancer le soleil pour te rendre grâce,
et te rencontrer dès le lever du jour ;
29 l’espoir de l’ingrat fond, en effet, comme le givre hivernal,
comme une eau inutile, il s’écoule.

Sagesse, Chapitre 17

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Cinquième antithèse : ténèbres et colonne de feu.
1 Oui, tes jugements sont grands et difficiles à saisir !
C’est pourquoi des âmes sans instruction se sont égarées.
2 Alors que des impies s’imaginaient tenir en leur pouvoir une nation sainte,
devenus prisonniers des ténèbres, dans les entraves d’une longue nuit,
ils gisaient enfermés sous leurs toits, s’étant exclus de la providence éternelle.
3 Alors qu’ils pensaient demeurer cachés avec leurs péchés commis dans le secret,
sous le sombre voile de l’oubli,
ils furent dispersés, en proie à de terribles frayeurs,
épouvantés par des hallucinations.
4 Car l’antre qui les détenait ne les préservait pas de la peur ;
des bruits en se répercutant résonnaient autour d’eux,
et des spectres lugubres, au visage morne, leur apparaissaient.
5 Aucun feu n’avait assez de force pour les éclairer,
et l’éclat étincelant des étoiles
ne parvenait pas à illuminer cette nuit infernale.
6 Ils n’entrevoyaient
qu’un bûcher qui s’allumait de lui-même, semant la peur.
Terrifiés par cette vision qu’ils distinguaient mal,
ils tenaient pour pire ce qu’ils venaient de voir.
7 Les artifices de l’art magique demeuraient impuissants,
et le démenti infligé à la prétention de savoir était humiliant ;
8 car ceux qui promettaient de bannir de l’âme malade les terreurs et les troubles
étaient eux-mêmes malades d’une appréhension ridicule.
9 Même si rien d’effrayant n’avait à leur faire peur,
effarouchés aux passages de bestioles et par les sifflements de reptiles,
10 ils tremblaient à en mourir,
et refusaient même de regarder cet air, que d’aucune manière on ne peut fuir.
11 Car la perversité s’avère singulièrement lâche et se condamne elle-même ;
pressée par la conscience, toujours elle grossit les difficultés.
12 La peur en effet n’est rien d’autre
que la défaillance des secours de la réflexion ;
13 moins on compte intérieurement sur eux,
plus on trouve grave d’ignorer la cause qui provoque le tourment.
14 Pour eux, durant cette nuit sortie des antres de l’Hadès impuissant,
endormis d’un même sommeil,
15 ils étaient tantôt poursuivis par des spectres monstrueux,
tantôt paralysés par la défaillance de leur âme ;
car une peur subite et inattendue les avait inondés.
16 Ainsi encore, celui qui tombait là, quel qu’il fût,
se trouvait emprisonné, enfermé dans cette geôle sans verrous.
17 Qu’on fût laboureur ou berger,
ou qu’on fût occupé à peiner dans le désert,
surpris, on subissait l’inéluctable nécessité ;
18 car tous avaient été liés par une même chaîne de ténèbres.
Le vent qui siffle,
le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux touffus,
le bruit cadencé d’une eau coulant avec violence,
19 le rude fracas des pierres dégringolant,
la course invisible d’animaux bondissants,
le rugissement des bêtes les plus sauvages,
l’écho se répercutant au creux des montagnes,
tout les terrorisait et les paralysait.
20 Car le monde entier était éclairé par une lumière étincelante
et vaquait librement à ses travaux ;
21 sur eux seuls s’étendait une pesante nuit,
image des ténèbres qui devaient les recevoir.
Mais ils étaient à eux-mêmes plus pesants que les ténèbres.

Sagesse, Chapitre 18

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Cinquième antithèse : ténèbres et colonne de feu., 5 Sixième antithèse : mort des premiers-nés et fléau mortel écarté., 20 Menace d’extermination au désert.
1 Cependant pour tes saints il y avait une très grande lumière.
Les autres, qui entendaient leur voix sans voir leur figure,
les proclamaient heureux de n’avoir pas eux-mêmes souffert,
2 ils leur rendaient grâce de ne pas sévir, après avoir été maltraités,
et leur demandaient pardon pour leur attitude hostile.
3 Au lieu de ces ténèbres, tu donnas aux tiens une colonne flamboyante,
pour leur servir de guide en un voyage inconnu,
de soleil inoffensif en leur glorieuse migration.
4 Mais ceux-là méritaient bien d’être privés de lumière et d’être prisonniers des ténèbres,
qui avaient gardé enfermés tes fils,
par qui devait être donnée au monde l’incorruptible lumière de la Loi.
5 Comme ils avaient résolu de tuer les petits enfants des saints,
et qu’un seul enfant exposé avait été sauvé,
tu leur enlevas, pour les châtier, une multitude d’enfants
et tu les fis périr tous ensemble dans l’eau impétueuse.
6 Cette nuit-là fut à l’avance connue de nos pères,
pour que, sachant d’une manière sûre à quels serments ils avaient cru, ils se réjouissent.
7 Ton peuple l’attendit,
salut des justes et perte des ennemis ;
8 car, par la vengeance même que tu tiras de nos adversaires,
tu nous glorifias en nous appelant à toi.
9 Aussi les saints enfants des bons sacrifiaient-ils en secret,
et ils établirent d’un commun accord cette loi divine,
que les saints partageraient également biens et périls ;
et ils entonnaient déjà les cantiques des Pères.
10 La clameur discordante de leurs ennemis faisait écho,
et les accents plaintifs de ceux qui se lamentaient sur leurs enfants se répandaient au loin.
11 Un même châtiment frappait esclave et maître,
l’homme du peuple endurait les mêmes souffrances que le roi.
12 Tous donc pareillement, frappés d’un même trépas,
eurent des morts innombrables.
Les vivants ne suffisaient plus aux funérailles,
car, en un instant, leur plus précieuse descendance avait été détruite.
13 Ainsi, ceux que des sortilèges avaient rendus absolument incrédules
confessèrent, devant la perte de leurs premiers-nés, que ce peuple était fils de Dieu.
14 Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses
et que la nuit parvenait au milieu de sa course,
15 du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal,
guerrier inexorable, au milieu d’une terre vouée à l’extermination.
Portant pour glaive aigu ton irrévocable décret,
16 elle s’arrêta et remplit de mort l’univers ;
elle touchait au ciel et se tenait sur la terre.
17 Alors brusquement des apparitions en des songes terribles les épouvantèrent,
des peurs inattendues les assaillirent.
18 Jetés à demi morts, l’un d’un côté, l’autre de l’autre,
ils faisaient savoir pour quelle raison ils mouraient,
19 car les songes qui les avaient troublés les en avaient avertis d’avance,
afin qu’ils ne périssent pas sans savoir pourquoi ils subissaient le mal.
20 Cependant l’expérience de la mort atteignit aussi les justes
et une multitude fut massacrée au désert.
Mais la Colère ne dura pas longtemps,
21 car un homme irréprochable se hâta de les défendre.
Prenant les armes de son ministère,
prière et encens expiatoire,
il affronta le Courroux et mit un terme au fléau,
montrant qu’il était ton serviteur.
22 Il vainquit l’Animosité, non par la vigueur du corps,
non par la puissance des armes ;
c’est par la parole qu’il eut raison de celui qui châtiait,
en rappelant les serments faits aux Pères et les alliances.
23 Alors que déjà par monceaux les morts étaient tombés les uns sur les autres,
il s’interposa, arrêta la Colère,
et lui barra le chemin des vivants.
24 Car sur sa robe talaire était le monde entier,
les noms glorieux des Pères étaient gravés sur les quatre rangées de pierres,
et sur le diadème de sa tête il y avait ta Majesté.
25 Devant cela l’Exterminateur recula, il en eut peur ;
la seule expérience de la Colère suffisait.

Sagesse, Chapitre 19

III. La Sagesse à l’œuvre dans l’histoire> 1 Septième antithèse : la mer Rouge., 10 Épilogue., 13 L’Égypte plus coupable que Sodome., 18 Une harmonie nouvelle., 22 Conclusion.
1 Mais sur les impies s’abattit jusqu’au bout un impitoyable courroux,
car Il savait à l’avance ce qu’ils allaient faire,
2 et qu’après avoir permis aux siens de s’en aller et pressé leur départ,
ils changeraient d’avis et les poursuivraient.
3 De fait, ils étaient encore occupés à leurs deuils
et ils se lamentaient auprès des tombes de leurs morts,
quand ils imaginèrent un autre dessein de folie
et se mirent à poursuivre comme des fugitifs
ceux qu’avec des supplications ils avaient expulsés.
4 Un juste destin les poussait à cette extrémité
et il leur inspira l’oubli du passé :
ils ajouteraient ainsi le châtiment qui manquait à leurs tortures
5 et, tandis que ton peuple ferait l’expérience d’un voyage merveilleux,
eux-mêmes trouveraient une mort insolite.
6 Car la création entière, en sa propre
nature, était encore de nouveau façonnée,
se soumettant à tes ordres,
pour que tes enfants fussent gardés indemnes.
7 On vit la nuée couvrir le camp de son ombre,
la terre sèche émerger de ce qui était l’eau,
la mer Rouge devenir un libre passage,
les flots impétueux une plaine verdoyante,
8 par où ceux que protégeait ta main passèrent comme un seul peuple,
en contemplant d’admirables prodiges.
9 Comme des chevaux, ils étaient à la pâture,
comme des agneaux, ils bondissaient,
en te célébrant, Seigneur, toi leur libérateur.
10 Ils se souvenaient encore des événements de leur exil,
comment la terre, et non des animaux, avait produit des moustiques,
et comment le Fleuve, et non des êtres aquatiques, avait vomi une multitude de grenouilles.
11 Plus tard, ils virent encore un nouveau mode de naissance pour les oiseaux,
quand, poussés par la convoitise, ils réclamèrent des mets délicats :
12 pour les satisfaire, des cailles montèrent pour eux de la mer.
13 Mais les châtiments s’abattirent sur les pécheurs,
non sans avoir été signalés à l’avance par de violents coups de tonnerre,
et c’est en toute justice qu’ils souffraient pour leurs propres crimes ;
car ils avaient montré une haine de l’étranger par trop cruelle.
14 D’aucuns, en effet, n’avaient pas accueilli les inconnus qui leur arrivaient,
mais eux réduisaient en servitude des hôtes bienfaisants.
15 Bien plus, et certes il y aura pour ceux-là un châtiment,
puisqu’ils ont reçu les étrangers d’une manière hostile...
16 mais ceux-ci, après avoir reçu avec des fêtes
ceux qui déjà partageaient les mêmes droits qu’eux,
les ont ensuite accablés de terribles travaux.
17 Aussi furent-ils frappés de cécité,
comme ceux-là aux portes du juste,
lorsque, enveloppés de ténèbres béantes,
ils cherchaient chacun l’accès de sa porte.
18 Ainsi les éléments étaient différemment accordés entre eux,
comme, sur la harpe, les notes modifient la nature du rythme
tout en conservant le même son ;
ce qu’on peut se représenter exactement en regardant ce qui est arrivé :
19 des animaux terrestres devenaient aquatiques,
ceux qui nagent se déplaçaient sur la terre ;
20 le feu renforçait dans l’eau sa propre vertu,
et l’eau oubliait son pouvoir d’éteindre ;
21 en revanche, les flammes ne consumaient pas les chairs
d’animaux fragiles qui y circulaient ;
et elles ne faisaient pas fondre l’aliment divin
semblable à de la glace et si facile à fondre !
22 Oui, de toutes manières, Seigneur, tu as magnifié ton peuple et tu l’as glorifié ;
tu n’as pas négligé, en tout temps et en tout lieu, de l’assister !

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